Le cancer est souvent perçu comme une maladie incurable, sans issue, même si aujourd'hui, grâce au dépistage précoce et aux traitements, bon nombre de malades en guérissent.
Les tissus et les organes sont composés de millions de cellules. Chez les gens atteints du cancer, l'organisme est assailli par des cellules qui se multiplient de façon exagérée et envahissent les tissus avoisinants. Parfois, certaines d'entre elles peuvent se détacher et migrer vers d'autres régions du corps.
Divers facteurs, par exemple une irradiation, des substances cancérogènes présentes dans les aliments, dans l'air et la fumée de cigarette, ou une prédisposition génétique peuvent altérer la « mécanique » normale de ces cellules et les empêcher de fonctionner harmonieusement. Malades, elles se mettront à proliférer de façon incontrôlée. Normalement, le système immunitaire les élimine ou les empêche de devenir de véritables tumeurs, mais il arrive que ces cellules malades déjouent nos mécanismes de défense.
Mentionnons que les expressions tumeur maligne et tumeur cancéreuse sont aussi employées pour désigner un cancer. La tumeur bénigne n'est pas cancéreuse, et compromet moins la santé. Elle peut faire pression sur un organe ou un tissu, mais occupe un espace limité et ne se dissémine pas dans l'organisme.
Prévalence
D'après des prévisions établies en 2008 par la Société canadienne du cancer, environ 40 % des Canadiennes et 45 % des Canadiens seront atteints d'un cancer au cours de leur vie. Dans plusieurs pays occidentaux, au Canada et en France notamment, le cancer est la première cause de décès prématuré, c'est-à-dire avant l'âge de 65 ans.
L'augmentation de la prévalence du cancer s'explique en partie par le fait que la longévité augmente et que l'on détecte davantage de cancers qu'auparavant, grâce aux outils de dépistage. Ces facteurs expliqueraient environ le tiers de cette augmentation, estime-t-on.
De plus en plus d'enfants et d'adolescents sont touchés par le cancer : une large étude menée en Europe révèle qu'au cours des 30 dernières années, l'incidence du cancer a augmenté de 1 % par année chez les enfants, et de 1,5 % chez les adolescents1.
Pronostic
Aucun médecin ne peut prédire, avec certitude, l'évolution du cancer ni les chances de survie pour une personne en particulier. Les statistiques dont on dispose donnent une idée du pronostic pour un large groupe de personnes, mais on ne peut transposer ces chiffres à un individu.
Cela dit, une proportion importante de malades guérit définitivement du cancer. Le taux de guérison dépend d'une multitude de facteurs : du type de cancer (à quel endroit la tumeur a pris naissance), de l'étendue du cancer au moment du diagnostic, de la malignité des cellules, de la présence ou non de métastases, de la disponibilité d'un traitement efficace, etc.
La méthode la plus utilisée pour déterminer la gravité d'un cancer est la classification TNM (Tumor, Node, Metastase), pour « tumeur », « ganglion » et « métastase ».
* Le stade T (de 1 à 4) décrit la taille de la tumeur.
* Le stade N (de 0 à 3) décrit la présence ou l'absence de métastases dans les ganglions voisins.
* Le stade M (0 ou 1) décrit l'absence ou la présence de métastases à distance de la tumeur.
Causes
D'après les autorités de santé publique, les deux tiers des cas de cancer seraient causés par le mode de vie, essentiellement par le tabagisme et une mauvaise alimentation. Les facteurs héréditaires seraient responsables de seulement 5 % à 15 % des cancers. Dans les pays en développement, l'incidence du cancer augmente rapidement, suivant l'industrialisation et l'adoption d'un mode de vie à l'occidental. Mentionnons que certains experts tiennent un discours différent et considèrent la pollution comme l'une des grandes causes du cancer2.
Les habitudes de vie : regard mondial
Les habitudes de vie jouent un rôle prédominant dans l'apparition du cancer. Cela est bien mis en relief par le phénomène de l'immigration. Les émigrés finissent généralement par avoir les mêmes maladies que la population de leur pays d'accueil3,4.
Par ailleurs, les types de cancers les plus fréquents varient d'une région à l'autre du globe. En Asie, les cancers de l'estomac, de l'oesophage et du foie sont beaucoup plus fréquents, notamment parce que l'alimentation des habitants comporte une grande part d'aliments très salés, fumés et marinés. En Amérique du Nord ainsi qu'en Europe, les cancers du poumon, du côlon, du sein et de la prostate sont les plus fréquents, entre autres en raison du tabagisme, des mauvaises habitudes alimentaires et de l'obésité. Au Japon, la consommation de viande rouge, qui n'a cessé d'augmenter au cours des 50 dernières années, a fait augmenter de sept fois l'incidence du cancer du côlon3.
Formation d'un cancer
Un cancer peut se former dans n'importe lequel des tissus. Chez les adultes, il se développe habituellement sur plusieurs années, voire des dizaines d'années. On peut diviser la formation d'une tumeur maligne en trois étapes3 :
* Initiation. Le matériel génétique d'une cellule est endommagé; il s'agit d'un événement fréquent. La fumée de cigarette, l'amiante, les substances cancérogènes présentes dans les aliments ou un surplus de radicaux libres peuvent causer un tel dommage. La plupart du temps, l'organisme répare l'erreur grâce à ses mécanismes naturels. Si l'erreur est irréparable, la cellule meurt. On parle alors d'apoptose ou de « suicide » cellulaire. Lorsque ces mécanismes ne fonctionnent pas, la cellule endommagée entre en phase de « promotion ».
* Promotion. Des facteurs extérieurs vont stimuler ou non la formation d'une cellule cancéreuse. Il peut s'agir des habitudes de vie, comme le tabagisme, l'activité physique, l'alimentation, etc.
* Progression. Les cellules prolifèrent et la tumeur se forme. Dans certains cas, elles peuvent envahir d'autres parties du corps. Dans sa phase de croissance, la tumeur commence à provoquer des symptômes : des saignements, de la fatigue, etc.
Les propriétés des cellules cancéreuses et de la tumeur
* Une multiplication déréglée. Les cellules se reproduisent sans cesse et sont insensibles aux signaux d'arrêt de croissance en provenance des cellules voisines.
* Une perte des fonctions d'origine. Les cellules n'ont plus d'utilité pour l'organisme.
* L'immortalité. Le processus d'apoptose ou de « suicide » cellulaire, qui se déclenche normalement lorsqu'une cellule est déréglée, ne fonctionne plus.
* Une résistance aux attaques du système immunitaire. Les cellules cancéreuses déjouent leurs « assassins », les cellules NK, ainsi que d'autres cellules censées limiter leur progression.
* La formation de nouveaux vaisseaux sanguins, appelée angiogenèse tumorale. Ces vaisseaux sont indispensables à la croissance des tumeurs, car ils leur apportent des nutriments et de l'oxygène (sinon, les tumeurs ne peuvent croître au-delà de 1 mm)3.
* Souvent, l'envahissement des tissus voisins et d'autres parties du corps. Les nouveaux foyers de cancer sont appelés métastases.
Les transformations génétiques qui surviennent dans la cellule, lorsqu'elle devient cancéreuse, sont transmises à ses cellules descendantes.
Les différents cancers
Chaque type de cancer a ses caractéristiques et ses propres facteurs de risque. Veuillez vous référer aux fiches spécifiques suivantes pour plus de détails sur ces cancers.
- Cancer colorectal (côlon et rectum)
- Cancer de l'endomètre (corps de l'utérus)
- Cancer de la peau
- Cancer du poumon
- Cancer de la prostate
- Cancer du sein
Symptômes
haut
Le cancer se manifeste de manière très variable. Il évolue généralement sur de nombreuses années avant que les symptômes n'apparaissent. Les symptômes suivants peuvent être des signes de cancer. En leur présence, consulter un médecin.
* Une masse palpable, surtout si elle augmente de volume : un nodule dans un sein, sous la peau, à un ganglion, etc.
* Un grain de beauté ou une tache cutanée qui change d'aspect, de couleur ou de taille, ou qui saigne.
* Un saignement : du sang dans les crachats, les urines ou les selles. Pour les femmes, des pertes sanguines vaginales en cours de cycle ou après la ménopause.
* Des symptômes persistants : une toux et des enrouements inexpliqués depuis plus de quatre semaines, une difficulté à déglutir, des nausées et des vomissements, une plaie qui ne guérit pas en trois semaines, une diarrhée ou de la constipation depuis six semaines ou plus.
* Une rétractation ou un écoulement du mamelon.
* Des maux de tête récidivants et violents.
* Une fatigue extrême.
* Une perte de poids rapide, inexpliquée.
Personnes à risque
haut
* Certaines familles sont touchées plus fréquemment par le cancer. Il y aurait, dans ces familles, des gènes de prédisposition au cancer, transmis d'une génération à l'autre. Cela peut être le cas pour les cancers du sein, de l'ovaire et du côlon. Même chez les personnes dont le bagage génétique prédispose au cancer, le risque d'en être atteint un jour dépend aussi et en grande partie du mode de vie et de l'environnement.
* Les personnes qui ont déjà eu un cancer.
* Les personnes âgées de 50 ans ou plus. En vieillissant, le risque de cancer s'accentue, car les mécanismes de défense sont moins efficaces et la durée d'exposition aux facteurs de risque augmente.
Facteurs de risque
haut
La recherche scientifique a permis de découvrir des facteurs de risque pour la plupart des cancers. Certains de ces facteurs accroissent considérablement le risque de développer un type particulier de cancer, tandis que d'autres ont une influence plus ténue.
Les deux principaux facteurs de risque
* Le tabagisme. Les produits cancérogènes contenus dans la fumée de cigarette ne s'attaquent pas seulement aux poumons, ils sont également impliqués dans le risque de cancers de la bouche, du larynx, du col de l'utérus, du sein, de l'estomac, de la vessie et plusieurs autres. Le tabagisme est responsable de 30 % des décès liés au cancer. Voir la fiche Cancer du poumon.
* Une mauvaise alimentation. Le régime alimentaire occidental comprend souvent trop de calories, trop de protéines animales, trop de gras, trop de sel et trop de sucre, et insuffisamment de fruits et de légumes ainsi que de céréales à grains entiers. D'après l'Organisation mondiale de la Santé, les facteurs alimentaires sont responsables de 30 % des cancers en Occident, et d'environ 20 % dans les pays en développement5.
D'autres facteurs de risque importants
* L'obésité et l'embonpoint. Conséquence de la sédentarité et de la mauvaise alimentation, le surplus de poids serait un facteur de risque très important pour plusieurs cancers, dont ceux de l'oesophage, du côlon, du sein, de l'endomètre et du rein5. Voir notre fiche Obésité.
* La sédentarité. En plus de causer un excès de poids, la sédentarité empêcherait le bon fonctionnement de certains mécanismes indispensables au maintien de la santé. La bonne forme physique réduit le risque de cancer du côlon ainsi que du cancer du sein5.
* L'exposition à des produits chimiques cancérogènes. Elle causerait 4 % des cas de cancer dans les pays industrialisés. Il s'agit, entre autres, des produits chimiques auxquels on peut être exposé dans un milieu de travail (l'arsenic, l'amiante, le benzène, etc.), de certains produits de nettoyage, des solvants à peinture, du radon terrestre qui s'infiltre dans le sous-sol des maisons et des pesticides répandus sur les terrains (une cause reconnue de leucémie chez les enfants).
* L'exposition à des substances radioactives.
* Une infection chronique. Certains microbes, surtout des virus, peuvent causer des cancers. Ils seraient responsables de 18 % de tous les cas de cancer dans le monde, surtout dans les pays en développement (environ 5 % dans les pays industrialisés). À titre d'exemple, mentionnons le papillomavirus (cancer du col de l'utérus), les virus de l'hépatite B et C (cancer du foie), la douve du foie (cancer des voies biliaires), l'Helicobacter pylori (cancer de l'estomac) et le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) (sarcome de Kaposi et lymphome).
* La consommation excessive d'alcool. Les recherches ont démontré un lien entre une consommation élevée d'alcool et certains cancers (de la bouche, de la gorge, de l'oesophage, de l'estomac, du foie et du sein).
* L'exposition exagérée au soleil. Les rayons ultraviolets (UV), à haute dose, peuvent causer un cancer de la peau à long terme.
Les facteurs psychologiques
Les facteurs psychologiques jouent un rôle plus controversé dans l'apparition du cancer6-8. En se basant sur une panoplie d'études, des scientifiques ont tenté de cerner une personnalité plus susceptible d'être atteinte de la maladie. Baptisée personnalité de type C, elle décrit les gens qui ont tendance à refouler constamment ce qu'ils ressentent et à se résigner facilement. Sur la base de tests de personnalité, certaines recherches ont pu prédire jusqu'à 40 % des cancers devant apparaître 15 ans plus tard9. Par contre, d'autres études n'ont pas réussi à déterminer un lien clair entre le type de personnalité et l'apparition du cancer6.
Quant au stress et à la dépression, ces facteurs sont reconnus comme influençant à la baisse la vigueur du système immunitaire. Cependant, il est très difficile de circonscrire la part de ces facteurs dans la formation du cancer, une maladie qui se développe sur plusieurs années. Les personnes dépressives atteintes du cancer peuvent avoir tendance à rapporter plus d'événements négatifs que la moyenne, ce qui peut fausser les résultats des études. Certains auteurs croient tout de même que la combinaison d'une personnalité de type C et d'un stress chronique majore le risque de cancer6. Cela serait particulièrement le cas pour les personnes qui ressentent un sentiment d'impuissance durant une longue période de temps4.
Des comportements autodestructeurs, comme une mauvaise alimentation et la sédentarité, peuvent être le signe d'une mauvaise écoute de soi6. Ne pas consulter un médecin à temps
revient aussi à ne pas écouter ses signaux internes.
